Information importante
Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. Consultez un professionnel de santé qualifié pour toute décision concernant votre santé.
Dans cet article
- Traitements de haute efficacité : les anti-CD20 et natalizumab en première ligne du combat
- Thérapies en développement : BTK inhibiteurs et remyélinisation, où en est la recherche ?
- Choisir le bon traitement : critères d’escalade et stratégie personnalisée
- Accéder aux traitements innovants en France : parcours et remboursement
Traitements de haute efficacité : les anti-CD20 et natalizumab en première ligne du combat
Les anticorps monoclonaux anti-CD20 ciblent directement les lymphocytes B impliqués dans l’inflammation du système nerveux central. Leur mécanisme repose sur la déplétion sélective des cellules CD20+, réduisant drastiquement l’activité inflammatoire. Selon l’évaluation de l’Agence européenne des médicaments, le CD20 est un antigène présent sur les lymphocytes B mais absent des cellules souches, permettant une action ciblée.
L’ocrelizumab (Ocrevus), premier anti-CD20 autorisé dans la SEP, affiche des taux de réduction des poussées avoisinant 70 à 80 % par rapport aux traitements de première ligne. L’ofatumumab (Kesimpta), plus récent, offre l’avantage d’une administration sous-cutanée à domicile. Ces résultats changent la donne.

Le natalizumab (Tysabri) reste une alternative puissante pour les formes très actives. Ce traitement anti-intégrine empêche les lymphocytes de franchir la barrière hémato-encéphalique. Son efficacité est remarquable, mais il impose une surveillance stricte du risque de leucoencéphalopathie multifocale progressive (LEMP), surtout chez les patients séropositifs au virus JC.
Chaque option présente un profil distinct. Les anti-CD20 peuvent entraîner une diminution des neutrophiles chez environ 12,9 % des patients traités, contre 10 % sous placebo selon les données EMA. Le natalizumab exige des contrôles réguliers du statut JC. Ces différences orientent le choix thérapeutique en concertation avec le neurologue.
La synthèse ci-dessous compare les principales caractéristiques des traitements de haute efficacité actuellement disponibles en France. Chaque ligne présente les critères d’efficacité, le mode d’administration, les effets indésirables majeurs et le statut de remboursement.
| Traitement | Efficacité poussées | Administration | Effets secondaires majeurs | Remboursement |
|---|---|---|---|---|
| Ocrelizumab (Ocrevus) | 70-80 % réduction | Perfusion IV / 6 mois | Infections, neutropénie | Oui (2e intention) |
| Ofatumumab (Kesimpta) | 50-60 % réduction | Injection SC / mois | Réactions injection | Oui (2e intention) |
| Natalizumab (Tysabri) | 70 % réduction | Perfusion IV / mois | Risque LEMP (JC+) | Oui (2e intention) |
Attention : ces traitements sont généralement réservés à la deuxième intention ou aux formes très actives d’emblée. Leur prescription initiale relève d’un centre expert ou d’une concertation avec un centre de ressources et de compétences.
Thérapies en développement : BTK inhibiteurs et remyélinisation, où en est la recherche ?
Les inhibiteurs de la Bruton tyrosine kinase (BTK) représentent la classe thérapeutique la plus scrutée actuellement. Ces petites molécules orales traversent la barrière hémato-encéphalique, ciblant à la fois les lymphocytes B et les cellules microgliales du système nerveux central. Un atout potentiel contre la neurodégénérescence progressive.
Selon le communiqué de Sanofi publié en avril 2025, les données de l’étude HERCULES montrent que le tolebrutinib permet de retarder de 31 % le délai de progression confirmée du handicap à 6 mois par rapport au placebo. Une avancée significative pour les formes progressives, jusqu’ici orphelines de traitements efficaces.

La décision de la FDA américaine est attendue le 28 septembre 2025. Une soumission réglementaire est également en cours d’examen dans l’Union européenne. Mais patience. Le délai entre essai clinique positif et accès réel au traitement peut dépasser cinq ans.
Inhibiteurs BTK : état des essais en 2025 Trois molécules sont en phase III avancée : tolebrutinib (Sanofi), evobrutinib (Merck) et fenebrutinib (Roche). Seul le tolebrutinib a publié des résultats positifs sur la progression du handicap dans les formes progressives. Les autres résultats sont attendus courant 2025-2026.
Les thérapies de remyélinisation constituent un autre axe prometteur. L’objectif : réparer la gaine de myéline endommagée, pas seulement stopper l’inflammation. Plusieurs candidats sont en essai clinique précoce, mais aucun n’a encore franchi le cap de la phase III. C’est difficile à chiffrer précisément, mais les délais avant commercialisation dépasseront probablement la décennie.
Les résultats prometteurs en phase II ne garantissent pas une autorisation de mise sur le marché. Le délai entre essai clinique positif et accès réel au traitement peut dépasser 5 ans. Gardez des attentes réalistes face aux annonces médiatiques.
Pour mieux comprendre comment ces innovations s’inscrivent dans une dynamique plus large, le concept de nouveau mécanisme d’innovation thérapeutique éclaire les enjeux de développement de ces nouvelles classes de molécules.
Profil type : passage aux anti-CD20 après échec première ligne
Femme de 34 ans, SEP récurrente-rémittente diagnostiquée en 2019. Traitement initial par interféron bêta. Deux poussées survenues en 18 mois malgré le traitement. Hésitation prolongée avant passage à un anti-CD20. Escalade vers ocrelizumab après 2 ans. Résultat : stabilisation complète à 3 ans de suivi, absence de nouvelles lésions IRM. Ce profil illustre l’importance de ne pas retarder l’escalade thérapeutique face à une activité persistante. Cas basé sur les profils types décrits dans les recommandations HAS 2023.
Choisir le bon traitement : critères d’escalade et stratégie personnalisée
L’avis de la Haute Autorité de Santé précise que trois immunosuppresseurs peuvent être utilisés en deuxième intention : le natalizumab, le fingolimod et l’ocrelizumab. Le choix s’effectue en concertation avec un centre de ressources et de compétences, en tenant compte des données cliniques, d’imagerie, du profil de tolérance et des préférences du patient.
La littérature médicale et les retours de neurologues soulignent un phénomène récurrent : le maintien trop prolongé sur un traitement de première ligne malgré des signes d’activité persistante. Le retard avant escalade thérapeutique peut atteindre 18 à 24 mois selon certaines études observationnelles. Ce constat varie selon l’accès aux IRM de contrôle et la politique du centre de suivi.
Quels signaux doivent alerter ? Une poussée sous traitement. De nouvelles lésions à l’IRM. Une progression du score EDSS. Ces trois indicateurs constituent les critères majeurs justifiant une réévaluation thérapeutique. Ne pas attendre.
Votre traitement actuel est-il adapté ?
- Si poussée dans les 12 derniers mois sous traitement : discutez d’une escalade avec votre neurologue
- Si nouvelles lésions IRM sans symptômes : le traitement peut être insuffisant, réévaluation nécessaire
- Si score EDSS stable et pas de lésion nouvelle : traitement probablement adapté, maintien possible
- Si effets secondaires invalidants : un changement de classe thérapeutique peut être envisagé
Les modulateurs du récepteur S1P (fingolimod, siponimod, ozanimod) offrent une alternative orale intéressante. Leur profil de tolérance diffère des anti-CD20, avec notamment une surveillance cardiaque à l’initiation. Ils conviennent particulièrement aux patients préférant éviter les perfusions ou les injections régulières.
Dans ma pratique de suivi de la littérature médicale spécialisée depuis plusieurs années, je constate que la stratégie d’induction précoce par traitement de haute efficacité gagne du terrain. Plutôt que d’attendre l’échec d’un traitement modéré, certains experts préconisent de frapper fort d’emblée chez les patients à haut risque d’évolution défavorable. Cette approche reste débattue et dépend du profil individuel de chaque patient.
Conseil pratique : préparez votre consultation en listant : date de la dernière poussée, symptômes résiduels, tolérance au traitement actuel, et questions sur les alternatives. Ces éléments permettent un échange plus efficace avec votre neurologue.
Accéder aux traitements innovants en France : parcours et remboursement
L’écart entre autorisation européenne et accès effectif en France peut surprendre. Un médicament autorisé par l’EMA n’est pas automatiquement disponible en pharmacie française. Il doit passer par l’évaluation de la HAS, la négociation du prix, puis la décision de remboursement. Ce processus prend plusieurs mois, parfois plus d’un an.
Les recommandations de la Société Francophone de la Sclérose en Plaques intègrent les critères d’escalade thérapeutique basés sur l’activité clinique et radiologique. Ces recommandations, mises à jour en 2024, guident les neurologues dans leurs décisions et constituent un référentiel pour les discussions en réunion de concertation pluridisciplinaire.
Le parcours type d’accès à un traitement innovant suit généralement ces étapes : diagnostic et bilan initial complet (J+0), consultation neurologue spécialisé SEP (M+1), initiation du traitement de fond adapté à l’activité (M+2), IRM de contrôle à 6 mois (M+6), réévaluation efficacité et tolérance à 1 an (M+12), puis escalade thérapeutique si activité persistante entre 12 et 24 mois.
Pour les molécules non encore autorisées mais prometteuses, le dispositif d’accès précoce de l’ANSM peut permettre une mise à disposition anticipée. C’est le cas pour certains essais cliniques en cours. Renseignez-vous auprès de votre centre expert sur les protocoles ouverts aux inclusions.
Préparer votre demande d’accès à un traitement récent
- Vérifiez le statut d’autorisation du traitement visé (AMM ou accès précoce)
- Demandez un rendez-vous dans un centre expert SEP de votre région
- Rassemblez l’historique complet de vos traitements et de leurs réponses
- Réunissez vos IRM récentes et bilans sanguins des 6 derniers mois
- Listez vos poussées avec dates et symptômes pour faciliter l’évaluation
Les centres de ressources et de compétences SEP jouent un rôle central. Ils valident les indications de traitements de haute efficacité, participent aux essais cliniques et assurent un suivi spécialisé. Si vous êtes suivi en ville, demandez à votre neurologue une orientation vers le centre expert le plus proche pour évaluer vos options.
Bon à savoir : les traitements de haute efficacité comme l’ocrelizumab et le natalizumab sont remboursés à 100 % dans le cadre de l’ALD (affection de longue durée). La prise en charge inclut les consultations spécialisées, les IRM de suivi et les bilans biologiques réguliers.
Limites et précautions
- Ce contenu ne remplace pas un avis neurologique personnalisé adapté à votre forme de SEP
- Les résultats d’essais cliniques mentionnés peuvent varier selon les profils de patients
- L’accès aux traitements innovants dépend des autorisations réglementaires en vigueur et des décisions de remboursement
- Chaque traitement comporte un profil bénéfice/risque à évaluer individuellement
Risques identifiés :
- Risque d’effets secondaires graves pour certains traitements de haute efficacité (infections opportunistes, réactions auto-immunes)
- Risque de progression si traitement inadapté à la forme de SEP (récurrente-rémittente vs progressive)
- Risque de retard thérapeutique si attente d’un traitement non encore autorisé
Organisme à consulter : neurologue spécialisé en sclérose en plaques ou centre expert SEP
Votre plan d’action immédiat
- Notez la date de votre dernière poussée et les symptômes associés
- Vérifiez si votre prochaine IRM de contrôle est programmée
- Identifiez le centre expert SEP le plus proche de votre domicile
- Préparez vos questions sur les alternatives thérapeutiques pour votre prochaine consultation
La prise en charge de la SEP évolue rapidement. Les traitements disponibles aujourd’hui n’existaient pas il y a dix ans. Ceux de demain sont déjà en essai clinique. Votre prochaine consultation avec votre neurologue est l’occasion d’évaluer si votre stratégie actuelle reste la plus adaptée à votre situation.
